Rezablog

Un quatrain de Khayyam de Nichapour

khayyam par Reza

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Un hommage poétique à Shahrokh Moshkin Ghalam

Shahrokh Mania

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Un slam sur la Journée Internationale du Baiser

La grande fête de l’Euro de foot 2016 a occulté un autre grand moment du calendrier passé inaperçu tant les médias et la ferveur populaire ont saturé l’atmosphère des journées et des semaines passées. A présent que s’est produite la tragédie nationale que l’on sait, que les esprits se sont quelque peu refroidis, que les millions de litres de bière et les milliers de tonnes de pizza ingurgités sont restés en travers de la gorge du public dépité, il serait judicieux d’établir un focus sur cet événement délaissé qui n’était autre que… la Journée internationale du baiser.
Cette journée a été célébrée le 6 juillet dernier dans une indifférence quasi totale des Français. Aussi ai-je composé un poème pour rendre compte de ce moment. Là où le battage médiatique vient occuper le quotidien d’une société envahie constamment par le tout festif.
Cliquer sur les liens ci-dessous pour :
>> Visualiser une courte séquence vidéo racontant comment le poète est poursuivi dans son quotidien, malgré lui, par les hurlements du commentateur de foot, ceci jusque devant les rayons de PQ et de produits d’entretien de la supérette de son quartier.
>> Lire le slam consacré à la journée internationale du baiser.

RAN foot superette

RAN Journée du baiser

En un beau jour d’été se répand un appel
Pour songer sans tarder à pratiquer… la pelle

La fête est officielle, plus que simple passion
Elle vaut autant en France que dans d’autres nations

Voici qu’un 6 juillet, à l’aube, dès le matin (1)
On vous convie sans faute à rouler un patin

D’où vient cette injonction soudaine de prendre langue ?
Est-ce encore une affaire montée par Jack Lang ? (2)

Ou bien serait-elle inspirée par Valoche ?
Qui ravit à Ségo de François la galoche ? (3)

Pour qu’on doive s’acquitter ainsi de son écot ?
En ce jour précis en monnaie de bécot ?

Servir le bisouillage sans trêve sur un plateau
Sans souci de la veste, du larguage, du râteau

Pratiquer la léchouille, la saucisse, l’escalope (4)
La pattemouille, l’accolade, qu’on soit prude ou s…

Par dessus tout – soit dit sans aide et sans indice -
Au sommet de son art arborer le french kiss

Spécialité locale mondialement jalousée
Mouillée comme il se doit, juste à point ventousée

Certaines en le faisant prennent de faux airs mutins
Pourvu qu’à l’arrivée on assure le lutin

Le Nord a sa « babache », le Midi son « poutou » (5)
Chacun du bout des lèvres développe ses atouts

Mais la fête a beau prendre des airs de grand oral
Nos officiels rechignent à diriger le bal

Pas de trace de Manuel, de Myriam, de Najat (6)
Qui pour claquer la bise finissent en cul de jatte

Le président lui-même rechigne à en bailler
Son baiser via Valoche a fini chez Gayet (7)

Pourtant en ce siècle de loisir obligé
Par ceux qui nous dirigent tout en dogme érigé

On se doit de la jouer show-off et m’as-tu-vu
Afficher son bien-être sans pli et sans bévue

En parfaits citoyens s’exciter comme puces
Vénérer la doxa de l’Homo festivus (8)

Sous d’autres latitudes, pareil, on n’a plus qu’à
Bécoter sur les bancs par derrière la burka

Ce sont les mots de Georges, je trouve qu’il parle d’or (9)
Il en est qui s’inspirent à travers le tchador

Mais les Georges ils sont rares ! Allô ici la terre !
Arrêtez vos délires, vos dogmes délétères

Là où l’on croit chacun monter en altitude
La tendance dégénère souvent en platitude

La règle du grand nombre c’est bien celle du pire
C’est à coup de slogans qu’on bâtit des empires

Alors à chacun son plaisir, son festif
Loin de ces platitudes qui hérissent les tifs

Et que Reza jamais ne vive cette hérésie
Qu’un jour on vous la joue avec la poésie

Reza Afchar Nadéri
Paris, le 7 juillet 2016

1) La Journée internationale du baiser est née dans les années 90. Le baiser a sa journée rien qu’à lui chaque année le 6 juillet.
2) Jack Lang, ministre de la Culture, est à l’origine de la Fête de la musique, grande manifestation populaire « permettant à tous les musiciens de s’exprimer et de se faire connaître ». La première Fête de la Musique sera lancée un 21 juin, jour symbolique du solstice d’été, le plus long de l’année dans l’hémisphère Nord.
3) « Embrasse-moi sur la bouche » : c’est par ces mots impérieux que Valérie Trierweiler réclame une pelle à son compagnon le soir de son élection, le 6 mai 2012, alors que ce dernier venait d’échanger
une bise avec Ségolène Royal, son ex-compagne. Ainsi, le patin ou la galoche peuvent faire dans l’espace public l’objet d’une impitoyable concurrence.
4) Autant d’expressions signifiant une seule et même chose : ce contact délicat qui bouscule et bascule bien des destinées.
5) Le « baiser », décliné respectivement en langage chti et occitan.
6) Un premier ministre et deux ministres médiatiques ayant manqué le rendez-vous du baiser pour tous.
7) Là où le président aurait pu se fendre d’un poutou triplé, le jour international du baiser, avec ses deux ex-compagnes et sa nouvelle conquête issue du milieu du 7e art. A moins qu’une quatrième protagoniste ne se dissimule aujourd’hui quelque part dans les coulisses de l’Elysée.
8) Homo festivus : ce personnage conceptuel, cher à l’essayiste Philippe Muray, désigne le nouvel homme moderne qui se réalise dans une fête incessante.
9) Georges Brassens, auteur et compositeur, occupe le rang de « poète populaire » durant la seconde moitié du 20e siècle, alors que la poésie se noie partout dans des discours conceptuels qui n’intéressent que les autoproclamés poètes de cette période occupés par l’égotisme et la spéculation esthétisante.

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Le Père Noël est (vraiment) une ordure

Parmi tous les relous qui se la jouent arty
Y’en a un qui fait l’buzz, j’ai nommé McCarthy (1)

Un bout d’temps que chez moi le slam c’était relâche
Jusqu’à c’que par la presse j’apprenne le coup de clash

Alors to myself j’me dis que trop c’est trop
J ‘me jette dans la mêlée au pas et puis au trot

J’ai la haine et les boules le moment est propice
J’avais déjà sévi dans un slam sur la p…

Il y était question d’une affaire analogue
Andres je m’étais fait sa tronche sur mon blog (2)

Mais chez Paul son grand art ça lui passe par derrière
A coup d’gode il se fait sa promo (c’tait hier)

Eh oui, tout ce beau monde de l’art contemporain
Se trouve l’inspiration juste en dessous des reins

McCarthy lui son trip en séries c’est les plugs
T’en trouves quelques milliers classés au catalogue

Mais l’gode pas assez gros il en a rajouté
Les Frenchies par l’exploit ont fini dégoûtés

On lui pète sa g…, son sextoy on le crève
Sa « perf » vire au boudin c’est la fin d’un beau rêve

Les Frenchies qu’ont ras l’bol qu’on leur pollue la vue,
L’ont reçu comme il faut, welcome à la bévue

A force de se faire ch… dessus le pays d’France
Qu’en peut plus des magouilles, de toute la complaisance

Accordée sans limite à des clowns fortunés
Qui n’en ont rien à f… qu’on vienne importuner

Les gens au quotidien à force de plans d’tarés
Les Frenchies lui apprennent qu’il est genre mal barré

Dans les formes ils l’accueillent tout seigneur tout honneur
Sa big capote par terre il fait plus son crâneur

Ledit gode dégonflé M. C. n’a plus d’humour
A chacun son délire c’est un juste retour

Du coup les résistants deviennent des fachos
C’est à n’y rien comprendre je révise mon bacho

Sans façon il installe en pleine rue sa grosse b…
Non mais où est-ce qu’on va ? Où est-ce qu’on habite ?

Est-ce qu’il a demandé aux passants si ça gêne ?
Si ça craint, si ça choque, ça leur pompe l’oxygène ?

Eh bah non il a juste débarqué à l’arrache
Au c… des financiers c’est là où ça fait tache

Entre gens du business on sait faire on s’débrouille
La presse, les politiques trempés dans la magouille

Mais les plus motivés sont les collectionneurs
La com et la réclame ça fait tout leur bonheur

Entre eux ça boursicote, ça trafique, ça spécule
Le grand art chez eux on s’en tape on l’en…

Au lieu d’un vrai message ou d’une pensée de fond
On vous sert du trash, on vous la met profond

Car faut pas oublier que les « installations »
Sur fond de goût de ch… et de provocation

Se déroulent souvent dans des sites prestigieux
Pour donner d’la valeur à des plans litigieux

Pour que ça ouvre les portes, pour que rien ne se perde
Versailles comme le Louvre servent d’écrin à d’la m… (3)

Au final tout ça c’est rien moins que du vent
Soufflé dans d’la baudruche, par derrière, par devant

Bien sûr le contribuable n’est jamais consulté
Sa mémoire, ses croyances, par contre bien insultées

Et voilà qu’on assiste au show des officiels
Aux airs d’outragés qui sonnent artificiels

La ministre  d’la culture mais surtout de la « com »
(Eh oui, c’est pas pareil mais pour elle c’est tout comme)

Vient vous donner le ton se déclarant choquée
Par une telle agression restant interloquée

Elle condamne « avec la plus grande fermeté »
Le non respect du grand « principe de liberté » (4)

Elle cause bien la Pellerin qu’a la fleur sélective
C’est du côté des riches qu’on la voit proactive

Son boss c’est pareil qui manque pas de finesse
Son « government » frenchy c’est le style « pro business » (5)

Mais avant de pousser plus loin mon exposé
Je voudrais par acquis de conscience proposer

Entre deux vers traitant de ladite agression
Une petite parenthèse en guise de digression

Car vous avez sans doute noté ma propension
A émailler mon slam de … de suspension

Alors j’dois justifier de tels « blancs » narratifs
Employés non pas pour des prises de tiffes

Mais juste pour que chacun y trouve son propre champ
Où traduire son ego selon le père Duchamp (6)

C’est dans l’air du temps, c’est de « l’interaction »
Afin que le public joue son appréciation

Qu’il mette son grain de sel, ajoute sa réflexion
Qu’il reste avec l’artiste à donfe en connexion

Je reste dans la norme, faut pas que je déroge
A ce si beau principe qui veut qu’on « s’interroge »

Sans arrêt, dans toute œuvre, c’est la règle établie
De se prendre la tête. Les réponses on oublie

Et si y’a rien à dire y’a pas à s’inquiéter
C’est le siècle du creux, du vide à satiété

On s’interroge sur tout et même sur son prépuce
Un doigt sur le nombril un autre dans l’a…

C’est la doxa que prône notre institution
Qui rimen désormais avec prostitution

La confusion des genres c’est c’qu’il faut pratiquer
Comme y’a rien à paner y’a rien à critiquer

Mais j’reviens derechef aux moutons qui gouvernent
Ce pays gavé de tant de balivernes

Que débitent sans compter des « plasticiens » marchands
Soutenus par l’état. Et v’là que sur le champ

Déboulent aux micros les beaux esprits de France (7)
Qui se disent troublés, qui entrent dans la transe

Sur cette autre vérité que vous pourriez faire vôtre :
Il y en aura toujours qui s’ront « plus libres » que d’autres !

Mais celui qui surtout me fait tomber des nues
Dégoulinant d’principes, de passion convenue,

Vient du haut de l’échelle. V’la le roi d’la boulette
A l’entrée j’vois qu’il a garé sa mobylette

Flanby monte au créneau pour se dire « aux côtés »
De Popol dont l’business a été capoté

C’est pourtant pas vraiment le genre batailleur
Qu’est l’président Hollande alias « Le Louvoyeur »

« Pingouin », « Fraise des Bois » enclin à bidouiller
Mais il clame ce coup là que l’artiste est « souillé »

Par tant d’irrévérence envers sa création
Puis avec ses grands airs c’est la dénonciation

De la « bêtise » qu’il faut à tout prix mettre à bas
La vaincre en République avec « un grand combat » (8)

C’est qu’il est beau à voir « l’ennemi de la finance »
Adversaire des riches, prophète de l’alternance

Venu prêter main forte à des spéculateurs
Comme à leurs chiens de garde et leurs adulateurs

Pour remonter la cote des artistes bidons
Du crédit d’président sans brocher il fait don

C’est pour faire remonter la sienne par l’occasion
En chute libre il a besoin de provision

Tout ça depuis qu’Valoche lui a fait son portrait (9)
Déjà qu’pour les Français il avait peu d’attrait

Le bouquin de sa meuf lui porte le coup de grâce
Alors le François derrière l’actu il trace

Il sait plus comment faire pour se faire remarquer
Dans l’art, le sociétal, on le voit débarquer

Il est de tous les coups comme de tous les chantiers
Et s’il commençait par bien faire son métier ?

Mais j’reviens à Popol j’ai suivi son background
Question pot Reza n’aime pas tourner around

Le gode c’est l’truc de Paul, on le sait, mais… pas que
Il fait pas que gonfler sous le ciel des grosses q…

C’est comme ça qu’j’ai su que l’artiste démentiel
S’adonnait par ailleurs à « l’art excrémentiel »

Ailleurs, de par le monde, c’est des étrons géants
Qui lui sortent du cerveau pareil que d’son séant

Y’en a au bord d’la route comme y’en a vu du ciel
Yann Arthus les repère entre deux arcs en ciel

Le caca ça lui parle c’est dans l’air du temps
Faut que j’en cause à Phil, j’parie qu’il s’ra content

Lui comme moi c’est un pro d’la perf côté bas ventre (10)
Il fournit toute l’année les caciques du Centre

Pompidou de Metz en crottes de tout calibre
Via son âne Bourriquet. Le compère il est libre

De crotter qui il veut et sans compromission
L’art pour l’art, le vrai, c’est toute sa mission

Mais bon assez causé j’mets la main à la pâte
J’me pointe à l’expo de Popol à la hâte

Pour voir de mes yeux sa Chocolate Factory
Plus il y a de oufs sur place plus on rit

Dans la foulée je prends mon boîtier, mon calepin
Mon angle de r’portage c’est l’bonhomme au sapin

Je traverse la Seine direction la Monnaie
Une fois passé le pont je relève le nez

Ça s’bouscule pas vraiment, devant le portillon
C’est pas vraiment la foule, la trombe, le tourbillon

Bien que c’est mercredi la journée des marmots
Dans l’illustre maison on a passé le mot

Que l’expo pourrait bien déranger le jeune âge
Devant son âge tendre on dresse le barrage

Je note aussitôt de ma calligraphie
Que l’endroit est propice à la pornographie

Je pose un premier pied dans l’escalier d’honneur
Tout en haut des marches se dresse avec bonheur

Une forêt de godes, j’suis à la bonne adresse,
Ils sont là grands et forts je resserre les fesses

Une fois passée l’entrée je découvre une usine
Des blondasses platinées à donfe dans la cuisine

D’où il sort jour et nuit des godes chocolatés
Des meufs dans tous les sens on les voit se hâter

Autour c’est des Père No, le sextoy au poignet
Y’en a des légions, plus proches ou éloignées

Il en sort de partout y’en a une floppée
La pensée du maître ainsi développée

Cliquer ici 01 pensee du maitre

C’est pour dire qu’autant d’bouffe de la tombe au berceau
C’est le mal du siècle, la société d’conso

Ah d’accord j’ai compris ! Le flouze qui fait la loi !
Son argument je l’trouve plutôt de bon aloi

Mais à peine j’ai shooté j’entends avec émoi
Une voix de chtarbé juste au-dessus de moi

Je lève mon viseur, contre l’œil je le coince
C’est Popol qui cause, y’a son feutre qui grince

Sur du papier Canson. Sacrée littérature !
Ça s’passe en vidéo, recta, sans fioriture

Il gueule ce qu’il écrit : « Fuck you in the ass hole »
« Stupid Americain »… J’me dis… un jeu de rôle… ?

« Finger fuck ass hole », « Stupid fucker artist »
J’ai déjà fait le tour… elle est pas longue sa liste

Ça c’est d’la théorie ! Y’a tout à en apprendre
Sur le vrai sens des mots il faut pas se méprendre

Sauf que ça n’arrête pas, pareil qu’une litanie
Il en remplit des pages, c’est pire que d’la manie

Et puis de temps en temps, une voix excédée
Qui vous vient d’outre-tombe, qu’on dirait possédée

Cliquer ici 02 pensee du maitre

De la vraie « poésie », si j’en crois toute sa doc
Que j’ai eue à l’entrée… et non de la provoc

Je la prends comme elle vient, je kiffe je m’enrichis
Ne croyez surtout pas que par dessus je ch…

J’ai même lu quelque part qu’on en sort « plus complexe » (11)
De son installation… Je suis quand même perplexe

Dans une salle c’est l’bordel, je l’dis au sens premier
Au milieu je découvre, dressé un tas d’sommiers (12)

Tout ça c’est compliqué, j’en trouve pas le précepte
C’est pas vraiment gagné pour choper le « concept » (13)

J’arrive au bout d’l’expo, j’entre dans la boutique
J’vais m’acheter l’catalogue, pour faire un peu d’pratique

A bien r’garder les prix, je me prends à tiquer
Pour s’ach’ter le Père No mieux vaut être friqué

Dans l’concept j’ai peut-être zapé une séquence
Bien malgré que l’expo ne manque pas d’éloquence

Ayant suivi le maître j’avais pourtant compris
Que l’monde de la conso fait l’objet d’son mépris

50 Euros quand même ! Il va loin le coco !
C’est pas donné à tous le Père No en choco !

Le prix du Santa Claus à côté d’la docu
Y’a pas à tortiller ça coûte la peau du c…

J’oublie la théorie, j’suis pas vraiment d’humeur
J’suis allé déjà loin dans son trip d’enfumeur

Il est rebelle Popol pourvu qu’ ça lui rapporte
J’me dirige dans l’autre sens pour retrouver la porte

Qui mène à la sortie. Enfin un peu d’air frais !
Je laisse derrière moi « Santa » dans son coffret

Mais tout n’est pas perdu parce qu’idem chez Colette
On le trouve dispo et  même aux Farfouillettes (14)

Bientôt ce s’ra Noël, il faudra y penser
Popol perd pas le nord pour vous faire dépenser

Je retraverse le pont, adieu mon capitaine
Je lève les voiles. En face c’est la Samaritaine

J’suis pas dépaysé côté supermarché
Je prends un peu le large, ça fait du bien d’marcher

Bon vent à McCarthy, dont je m’suis évadé
Avec son plan arty, il m’a bien baladé

Une fois rentré chez moi je décharge les visus
J’vais lui faire un costume, tout de ma main cousu

Je m’installe d’vant l’ordi pour un peu d’réflexion
Pour ranger les idées, passé l’moment d’action

J’me dis que devant moi j’ai une belle palette
Pour torcher un papier dédié à la bran…

Sur le net j’ai trouvé, parc’que j’suis consciencieux
D’autres travaux du maître plus ou moins licencieux

Blanche Neige c’est une cochonne y’a des porcs qui forniquent
Et même une biquette que par derrière on n…

Toujours du très lourd, de ketchup relevé
Bourré d’bouffe et d’ordure le tableau achevé

Crado, porno, scato, c’est toute sa qualité
On cherchera longtemps quelque originalité

Pour la forme j’ai fini, je l’ai bien étudiée
L’univers de Popol c’est un sacré mer…

Sauf que dans « La Monnaie » ça r’trouve une nouvelle vie
Là bas sa m… en boîte, on l’acclame à l’envi

Pour bien marquer le coup, les télés, les journaux
L’aident à faire fructifier son capital porno

Sans oublier l’relais d’une certaine gauche
Qui rechigne pas non plus, à se remplir les poches

Dès qu’elle peut en tapant dans son fond de commerce
Dans son « moral business » de logique perverse

Ces pères La Vertu de la belle pensance
Ils ne supportent pas qu’on prenne un autre sens

Que celui de leur clan promu comme idéal
En dignes « tenanciers des valeurs muséales…

Du bien et du vrai ». Ça c’est du Baudrillard (15)
C’est beau comme de l’antique, pour moi du très grand art

De l’art et du trader les noces contre nature
Ont toutes les allures de la caricature

Mais personne n’est gêné. « Pipi-caca-popo »
C’est d’venu leur mot d’ordre, ça donne le tempo

Qu’importe ce qui est dit c’est que de la parlote
Devant l’marché de l’art on baisse sa culotte (16)

Quoique plus le temps passe la résistance augmente
On voit clair dans leur jeu, on sait combien ils mentent

La clarté vient de Jean (17), pour lui c’est tout notoire
Que les musées de France deviennent des abattoirs

Au rayon des pamphlets il y a aussi Nicole
Pour monter au créneau c’est elle qui s’y colle

Nos objectifs à nous sur un grand point convergent :
Repérer en tout lieu les « Schtroumps » qui émergent (18)

Parfois quand je déprime, que mon sang froid je l’perds
Sous la plume de Aude je retrouve mes repères (19)

Ou bien je vais surfer sur le site : « Sauvons l’Art »
Où on sait c’qu’il en est du cochon ou du lard (20)

Ça fait quand même du monde, qu’a pas perdu le nord
Sur le gros et l’détail on est toujours d’accord

Quant à M. C. je crois que j’lai bien sermonné
Je la joue toujours cash, je lui rends sa monnaie

Reza est performeur, il l’aura remarqué
C’est ailleurs qu’à Paris qu’il eut du débarquer

On peut chercher partout, par derrière par devant
Dans l’art de MacCarthy, y’a du vent, que du vent

Je m’suis fendu pour lui d’un slam pharaonique
C’est par amour pour l’art que sa g… j’la lui n…

 
1. Le jeudi 16 octobre 2014 « l’artiste » américain Paul McCarthy se fait agresser suite à l’installation de son « faux sapin » de Noël géant sur la place Vendôme à Paris. L’œuvre en question, baptisée « Tree » a toutes les allures d’un « plug anal » (butt plug) de 24 mètres de haut. Un sextoy gonflable qui, saboté le vendredi soir, se retrouve étalée de tout son long sur la prestigieuse place des joailliers. Le même artiste installera sa « Chocolate Factory » (fabrique de chocolat) à la Monnaie de Paris où il est l’invité d’honneur depuis le 25 octobre. Une vraie usine à chocolat produisant des pères Noëls par centaines, porteurs de sextoys, à travers lesquels sera divulguée la pensée du maître interprétant à sa manière les excès de la société de consommation.
2. Relation d’un autre clash survenu lors d’une exposition tenue à Avignon au cours de laquelle était produite l’œuvre d’Andres Serrano, représentant le Christ baignant dans de l’urine. L’œuvre intitulée « Piss Christ » a été attaquée le dimanche 17 avril 2011 à coups de pioche et de marteau par deux visiteurs qui ont réussi à s’enfuir du musée.
Copier le lien : http://rezablog.com/pipi-slam/
3. Versailles, le Louvre, les Tuileries, le Grand Palais et aujourd’hui la Monnaie de Paris constituent des sites patrimoniaux prestigieux servant de faire valoir à des œuvres frappées de nullité comme celles de Vasconcelos, Sarkis, Venet, Koons… qui n’existent que par l’art de la spéculation financière et de la mise en scène outrancière.
4. Le 18 octobre, la ministre Flore Pellerin condamnait sur Twitter une « atteinte insupportable à la liberté de création ». Puis elle déclarait dans un autre tweet que « certains souhaiteraient volontiers le retour d’une définition officielle de l’art dégénéré ». Une manière de traiter de nazis les personnes qui rejettent l’occupation de l’espace publique par la médiocre et pitoyable « création » de Paul McCarthy.
5. « My government is pro business » a claironné le 6 octobre dernier Manuel Valls, chef du gouvernement français, devant un parterre de représentants financiers, au cœur de la City de Londres. L’occasion pour le premier ministre d’affirmer haut et fort, dans la langue de Shakespeare, son profond attachement aux valeurs libérales.)
6. Marcel Duchamp, considéré comme le grand inspirateur de « l’art conceptuel », pose le principe qu’un objet peut être considéré comme œuvre d’art du moment où on le place dans un contexte (le musée, la galerie…) approprié à cette définition. L’objet se trouve « redéfini » et se découvre une existence artistique. Ainsi le lecteur aura dans ce slam toute latitude pour placer ses propres mots dans les espaces poétiques que sont les … de suspension. Afin de conférer à ses vocables une nouvelle fonction relevant de la poésie.
7. Le 18 octobre, joignant son tweet à celui de Fleur Pellerin, Anne Hidalgo annonce que “Paris ne cèdera pas aux menaces de ceux qui, en s’en prenant à un artiste ou à une œuvre, s’en prennent à la liberté artistique.” Bruno Julliard, premier adjoint à la mairie de Paris, chargé de la culture, « condamne » l’agression de Paul McCarthy et la dégradation de l’œuvre, considérant que « la honte et l’humiliation pour la France, ce n’est pas l’œuvre gonflable éphémère place Vendôme. Ce sont ces imbéciles qui la dégradent. »
Les uns et les autres défendent la « liberté
De créer ». Mais je reste pour ma part alerté
8. Le samedi 25 octobre, à l’occasion de l’inauguration du musée Picasso, le président Hollande s’est exprimé sur le rôle de l’artiste dans la société : « Les artistes sont ceux qui affrontent l’intolérance, la bêtise. Bêtise qui conduit à agresser un artiste ou à détruire son œuvre.  (…) Grand combat que la République doit poursuivre avec ténacité (…) L’intelligence finit toujours par vaincre la bêtise. C’est un principe. L’intelligence est toujours la plus forte.»
9. En septembre 2014 le magazine Paris Match annonce la sortie du livre « Merci pour ce moment », écrit par l’ex première dame Valérie Trierwiler. Un récit dans lequel l’amante trompée présente François Hollande, sous une plume trempée au vitriol, comme un individu peu fiable, menteur, attiré par la puissance et la richesse.
10. Phil Donny est peintre, dessinateur, écrivain, poète, polémiste, auteur d’une œuvre picturale baroque inspirée des grands classiques de la peinture et du mouvement populaire rock. Dans sa galerie de Loupmont située en Meuse, ce pourfendeur érudit de l’art dit « conceptuel » crée des sculptures où le matériau de choix provient des crottes émises par son âne résident Bourriquet Bellequeue. Il fait régulièrement don de ces créations au Centre Pompidou de Metz qui refuse obstinément d’inclure les œuvres dans ses collections. Preuve d’une intolérance institutionnelle notoire du Centre vis-à-vis d’un travail authentique. Où l’on voit que la liberté de créer ne va pas nécessairement avec la liberté d’exposer.
Site internet : www.galerieduloup.eu
11. Le dossier de presse de l’exposition nous apprend que « lorsque le spectateur sort d’une installation, d’une œuvre de Paul McCarthy, il est émotionnellement plus riche et intellectuellement plus complexe qu’à son entrée ».
12. Pour décorer son usine à chocolat installée dans L’Hôtel de la Monnaie, McCarthy a racheté aux studios de Hollywood un décor de bordel mexicain. Autre message fort sans doute destiné à vilipender la société de consommation.
13. L’artiste conceptuel privilégie une posture mentale à la création matérielle. C’est la primauté du concept sur la forme dont Marcel Duchamp est le précurseur et dont se réclament des artistes officiels comme Daniel Buren. L’expression des idées se limite alors à des mots épars aux allures de déclarations ou à la mise en scène de corps, dont celui de l’artiste, sous forme de « happening ».
14. « L’œuvre d’art, intitulée « Santa », consiste en un personnage de Père Noël porteur de godemiché fabriqué avec du chocolat noir choisi par Guy Savoie et transformé par la chocolaterie Damiens. Le personnage est également mis en vente chez Colette et aux Galeries Lafayette.
15. Extrait d’un article du philosophe Jean Baudrillard, paru dans Libération.fr le 7 mai 1997.
16. Jeff Koons : « Mon œuvre n’a aucune valeur esthétique… Le marché est le meilleur critique ! » Lire à ce propos l’article d’Eric Conan paru dans Marianne.net du 26 octobre 2014.
17. Jean Clair, académicien, conservateur, essayiste, commissaire d’expositions, s’insurge contre l’art contemporain, ses marchands et ses collectionneurs. Lire à ce propos l’article paru dans Lefigaro.fr du 19.04.2011.
18. « Formatés en École des Beaux-Arts pour la plupart, les Schtroumpfs Émergents sont des sortes de petites mécaniques de pure conceptualité, décérébrées et désensibilisées (…). Ils sont tous programmés pour interpeller, interroger, provoquer la réflexion en tous lieux, à partir de tout et de n’importe quoi… » Extrait de la définition du Schtroumpf Émergent, personnalité repérée et radioscopiée par Nicole Ésterolle. Site internet : www.schtroumpf-emergent.com
19. Aude de Kerros est graveur, peintre, auteur de nombreuses publications traitant du monde de l’art. Son livre « L’art caché » est consacré aux dissidents de l’art contemporain.
20. Le site représente un public frappé par le silence des médias sur l’urgence de sauver les Beaux-arts. Site internet : www.sauvonslart.com

Reza Afchar Nadéri
Paris, le 6 novembre 2014

 

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Contre l’art contemporain le « presse-purée » à la pointe d’une véritable révolution plastique

A quand l’éclatement de la bulle artistique ? A très bientôt et c’est à souhaiter si l’on considère que depuis plusieurs décennies des maîtres de la finance mondiale appuyés par des médias très officiels et de grands collectionneurs (les intérêts des uns et des autres souvent confondus) ont tout fait pour vider l’art de sa substance. Pourquoi cela ? Tout simplement pour lui substituer un « art contemporain » de nature « conceptuelle » traduisant tout et n’importe quoi à travers des supports fumeux d’autant moins réfutables par un esprit critique doué de bon sens que leurs sponsors ont le bras long et que leur puissance économique est planétaire.
Dès lors, comment combattre les légions de critiques d’art et de théoriciens à la botte de cet art conceptuel soutenu et financé, en France, par les pouvoirs publics ?

En empruntant leur propre langage. En utilisant leur propre discours afin de mettre en évidence, par des procédés qui leurs sont chers – le détournement du sens, la dérision – la mesure de l’escroquerie à laquelle participent ces légions de flatteurs et de thuriféraires.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : les lignes qui vont suivre ne sont nullement le fruit d’un exercice vain qui sacrifierait simplement à un souci gratuit de dérision ou d’autodérision. Ce discours mérite d’être pris au sérieux car il résulte d’une longue réflexion sur les dégâts culturels engendrés par l’art conceptuel. Qu’il soit considéré comme une brique parmi d’autres jetées par des citoyens responsables sur la vitrine hypocritement consensuelle de l’art contemporain. En attendant que la façade s’effondre et qu’éclate au grand jour l’ignominie faussement artistique trop longtemps célébrée par des marchands sans foi ni loi. Pour que l’on voie enfin à quel degré ahurissant leur roi est nu.

Argumentaire pour un chef-d’œuvre pictural

Le presse-purée constitue le socle sur lequel repose un nouveau mouvement plastique révolutionnaire appelé à bouleverser les règles établies par un « art contemporain » sabordé désormais par sa propre justification. L’horloge – figurant en contrebas de l’ustensile – symbolise l’ordre établi par les théoriciens de l’art officiel entraînés dans une course effrénée vers la production conceptuelle dans un souci de rentabilité immédiate selon des règles héritées de l’ère post-industrielle. Le temps, valeur totalitaire de notre siècle, se trouve, dans le cliché réalisé par le photographe plasticien, figé à jamais au profit d’une réflexion s’octroyant un espace – temps privilégiant le rythme organique affranchi de toute contrainte productiviste.

Option stylistique : notre argumentaire emprunte le style pompeux et pompier propre aux critiques révérencieux et laudateurs de l’art officiel conceptuel, chiens de garde de l’establishment artistique, ce dernier fruit de l’alliance contre nature entre les grands collectionneurs d’art et l’état mécène leur partenaire privilégié.

Et leçon à tirer, au passage, de cette compromission à très haut niveau dans une société prétendue « démocratique » : il y a fort lieu de s’inquiéter quand les états se mêlent des options culturelles de leurs citoyens car la création restera toujours une étincelle menacée d’extinction dès lors qu’elle se retrouvera placée entre les mains des fonctionnaires.

Le « temps arrêté » signifie un réflexe salutaire d’équilibre entre des notions aussi aléatoires que « passé » et « futur » au sens où, selon une idée reçue, le passé serait source d’injustices et le futur serait pourvoyeur de progrès. Or les conflits mondiaux du siècle dernier ont donné tort, on le sait à quel point, aux laudateurs du siècle industriel dans lequel on voulait que repose le bien-être du genre humain libéré de ses servitudes millénaires. La poignée du presse-purée, invitant à une reprise en main « mécanique » du temps répond au souci d’une maîtrise humaine de la destinée culturelle et plus spécifiquement artistique. Bousculant les codes en vigueur, la poignée bien matérielle s’inscrit contre la froide domination chronologique de l’horloge – électronique ou numérique – stoppée dans une progression qui se voulait implacable jusqu’à ce que le geste du plasticien, auteur de ces lignes, ne vienne en briser le cours et l’immobiliser en pleine rotation.

Le presse-purée offre alors toute possibilité à la main qui l’actionne, de procéder à une double rotation, « dans le sens » ou « à contresens » des aiguilles de la montre, selon que le «légume – objet de création» placé dans l’ustensile doive, au choix du plasticien, être pressé ou détaché du crible, temps de repos compris, ce dernier soumis au bon vouloir du créateur qui ne fait que suivre la logique de sa propre maturation inhérente à la maturation de l’œuvre.

La formulation « Le temps presse – purée » mérite à elle seule une attention particulière dans la mesure où l’impératif « le temps presse », règle d’or de la machinerie post-moderne, productrice au besoin d’œuvres en série, est contrebalancée par le vocable « purée », ce dernier faisant l’objet d’une distanciation induite par les espaces volontairement  incorporés de part et d’autre du trait d’union qui viennent signer le nom composé. De cette dé-composition résulte l’effet de dérision bousculant à la fois le sérieux et le mercantile de l’inhumaine temporalité ressortant de la phrase minimale « Le temps presse » à l’économie de propos structurée par la trinité grammaticale sujet-verbe-complément.

Le vocable « purée », quant à lui, évoque inévitablement, au-delà de l’effet immédiat de caricature ou de persiflage, l’inconsistance du propos qui précède si l’on considère que le légume / matériau de création, dans le cas qui nous intéresse vidé de toute substance par le diktat « conceptuel », ne peut déboucher que sur une inconsistance structurelle autrement dit sur aucune prise.

Le presse-purée, mis en scène par le performeur, bénéficie néanmoins d’une double acception. Facteur de dérision, issu de l’attitude du « ready-made (1) » au sens duchampien du terme, il peut traduire a contrario le travail de préparation et d’élaboration d’une matière complexe que la critique post-moderne s’empresserait de qualifier « d’académique ». Or l’ustensile actionné par la main uniquement exprime ici, grâce à son emblématique effet de rotation, un bouleversement radical des modes graphiques en vigueur et vient casser les codes conceptuels de dénigrement de toute production manuelle par l’art conceptuel.

La « prise en main » de l’outil presse-purée traduit de manière éminemment symbolique la reconquête par le corps du terrain artistique trop longtemps colonisé par les exercices oiseux de l’esprit (spéculations, théorisations futiles…). La chair redevient maître du processus créatif face à l’horloge comptable et impersonnelle, l’ustensile ménager apparaissant de part sa nature triviale ancrée dans une irréfutable immanence. Ainsi la voie redevient libre pour toutes les formes de production supposant une dextérité manuelle, principe immémorial à l’origine de tout patrimoine. Apprentissage, répétition du même geste jusqu’à la maîtrise complète, goût de l’excellence, compagnonnage constituent quelques facettes de l’univers à se réapproprier.

Renvoyant à un autre niveau de lecture, lié cependant aux  précédents, le vocable « presse » représente la profession médiatique ayant partie liée avec les intérêts financiers des collectionneurs d’art conceptuel. Afin que ces derniers puissent voir monter la cote de leurs collections, ils accordent nombre de privilèges aux critiques d’art œuvrant pour la presse qui le leur rendent bien en « moulinant » texte et image grâce à leur phraséologie spéculative et grandiloquente afin de compenser la vacuité des œuvres et leur conférer une légitimité dans le milieu artistique. La « purée » qui en résulte, tel un écran de fumée, rend inopérante toute tentative de mise en lumière du processus ayant abouti à produire l’œuvre conceptuelle en question.
Ainsi, par la voie même du détournement et de la dérision chère à l’art contemporain sont déjouées les manœuvres équivoques des critiques à la solde des financiers. Ce jeu de l’arroseur arrosé illustre une méthode employée volontiers par quelques artistes, journalistes ou critiques impartiaux, esprits aussi actifs que réfractaires, tels que Phil Donny (2) ou Nicole Esterolle (3), face aux arnaques pseudo-intellectuelles de l’art contemporain.

1. L’attitude du « ready-made » initié par Marcel Duchamp (1887 – 1968) consiste à choisir un objet manufacturé – pissotière, roue de vélo… – et à le promouvoir « œuvre d’art ». La seule démarche de « l’exposition » et l’action de nommer suffiraient donc à produire une œuvre artistique. Pour André Breton le ready-made implique qu’un « objet usuel » soit « promu à la dignité d’objet d’art par le seul choix de l’artiste » (cf. Dictionnaire du Surréalisme).
2. www.galerieduloup.eu
3. www.schtroumpf-emergent.com

(à suivre)

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Charles Péguy vu par F. Bayrou et A. Finkielkraut

Le colloque international autour du centenaire de la mort de Charles Péguy, qui s’est tenu les 17 et 18 janvier 2013 au palais du Luxembourg, aura permis de s’interroger sur l’actualité de la pensée du poète et du penseur. Et d’échanger sur son « engagement politique non-politicien dans la Cité, au service de la République et de l’Humanité ». 

François Bayrou tribun

Comment être péguyiste dans la Cité ? La question reste d’actualité. Et même si nous ne souscrivons pas à ses références au christianisme nous ne pouvons qu’être sensible à quelques unes des actions de Péguy. Ainsi quand il part en guerre contre le « positivisme intellectuel » qui règne à la Sorbonne. Ou bien quand sa critique du monde moderne se fait de plus en plus sévère autour du thème de l’argent, thème développé de bout en bout dans le livre éponyme. « Dévaluation du travail, dévotion à l’argent », voici où nous en sommes. Et l’auteur d’annoncer l’ère où la rhétorique (le concept) prend le pas sur le travail : « On ne regarde pas, on ne fait pas attention à ce que les gens font, à ce qu’ils sont, ni à ce qu’ils disent. On fait attention à ce qu’ils disent qu’ils font, à ce qu’ils disent qu’ils sont, à ce qu’ils disent qu’ils disent. » Derrière la mécanique sociale se tiennent les maîtres à penser (chiens de garde), « rhétoriciens de la clarté » qui font des « livres troubles ».

Au cœur de tout cela la Sorbonne, temple de bêtification et de mise au pas des cerveaux, continue de produire des maîtres qui en veulent, au fond d’eux-mêmes, à leurs élèves, «d’être jeunes, d’être nouveaux, d’être frais, d’être candides, d’être débutants, de ne pas être pliés comme eux ». Quant au modernisme, produit de l’époque où le vocable «contemporain » annonce l’éradication du patrimoine, de l’héritage culturel, il « consiste à ne pas croire ce que l’on croit ». Le « politiquement correct » est passé par là. Alors que la liberté, elle, « consiste à croire ce que l’on croit et à admettre (au fond à exiger) que le voisin aussi croie ce qu’il croit. » Le modernisme, pour Péguy, est un « système de complaisance » alors que la liberté est un « système de déférence ». Et de poursuivre : «le modernisme est un système de lâcheté, la liberté est un système de courage. Le modernisme est la vertu des gens du monde. La liberté est la vertu du pauvre ».

Alain Finkielkraut homme-livre

Portrait enfin des maîtres sorbonnards qui « se soucient bien peu de filiation et de paternité spirituelle et de régner sur les cœurs. Leur seul souci est fait, par un jeu de mariages, de nominations, d’élections académiques et universitaires, d’intrigues, de bassesses, de trahisons, de délations et d’honneurs, de s’assurer, de perpétuer parmi eux un gouvernement temporel des esprits. Ils ont ce qu’ils voulaient. Et au-delà de ce qu’ils espéraient. » Fin de citation.

Deux tempéraments au micro

Retour au Palais du Luxembourg. Sur l’estrade sont assis côte à côte Alain Finkielkraut et François Bayrou. Celui-ci prend la parole en premier. Aisance, paroles fluides, l’homme politique, l’homme de terrain, lettré, érudit, face au public. A sa droite le philosophe plongé dans ses livres et ses notes, mine sombre, torturée, pli au front, lèvres crispées, sourcils froncés alors que l’auditoire est sous le charme du tribun qui parle sans notes et dont les mots convertissent le public à la cause. Les applaudissements suivent, à la mesure de la performance.

Parole jaillie comme d’une parturiente

Quand vient le tour de son voisin c’est une autre prestation. Les mots semblent peiner à sortir d’une gorge saturée de vocables issus de recherches laborieuses. C’est l’écriture de Péguy que l’on découvre par la parole tourmentée. Trouver, encore et toujours, le mot juste, au plus près. Alain Finkielkraut n’est plus lui-même et c’est comme un oracle jailli d’une transe qui atteint l’auditoire. L’homme-livre peine pour que l’idée sorte de cette chair torturée. Silence et recueillement dans la salle galvanisée qui retient son souffle comme le font les proches aux derniers instants du « travail » des parturientes. A la note finale un court silence puis les applaudissements, comme un fleuve jailli d’une source éclatée d’entre les pierres par la vertu de la vérité qu’enfante la souffrance.

Reza Afchar Nadéri – Paris le mercredi 29 janvier 2014 

Site internet de l’Amitié Charles Péguy : www.charlespeguy.fr

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2 Responses to Rezablog

  1. Beracassat says:

    Merci Reza, en effet cela tiens plus du lard que de l’art! A croire que les bobos sont devenus les bofs d’une culture dévoyée.

  2. Catherine de Montmartre says:

    Merci Reza, vraiment merci, pour ce moment de complicité, poétisé à merveille!
    J’ai croisé il y a plusieurs années Farima (Texier) à qui je dois d’avoir le plaisir de vous écrire. Nous nous sommes rencontrées par un hasard improbable.

    Nous ne nous voyons pas, mais nous échangeons. C’est de ma faute, je ne réussis pas à trouver le temps. Car les ans m’ont fort heureusement pourvue de nombreuses (breux) amis, qui avec mes enfants, mes amis militants de justes causes comme celles dont l’une et l’autre nous partageons le souci : défense des droits des Palestiniens, de celui des femmes, des arracheurs d’OGM… et autres causes que l’indifférence tue.

    Ce matin, grâce à votre slam je respire! Je fais partie des citoyens(ennes) enfumés qui, se sentant seuls dans ce brouillard étouffant de mensonge et de manipulation trouvent enfin grâce à votre art des mots, le courant d’air frais, la vague libératrice qui m’emporte avec délice vers une plage qui serait débarrassée du plastique à la couleur artificielle et uniforme.

    Cette vague poétique qui m’éveille avec bonheur, est, je le souhaite, la première d’une série qui engloutira la pensée unique, et qui noiera ses chiens de garde!

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