Poésie de France

Deux hommages à Louis Aragon

Louis Aragon par Mustapha Boutadjine
Paris 2004. Graphisme-collage
Extrait de « Poètes »
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Homme ou femme

C’est une étrange destinée
Que d’être né homme ou femme
Un jour béni, un jour infâme
Quoi qu’il arrive aveugle-né

Car c’est bien une loterie
Qu’entre ces deux genres le commerce
On ne sait jamais ce qui perce
Ni transparaît ni vous sourit

Le mystère demeure à jamais opaque
Nous avons beau nous obstiner
Nos espoirs sont souvent morts nés
Sous nos pieds germent des culs-de-sac

L’élan du cœur à bout portant
C’est un plan sur la comète
Quoi que l’on veuille, que l’on commette
Le cœur d’en face s’éloigne d’autant

Nul ne saura lire, ne serait-ce
Qu’une lettre de cette énigme
Ni le moindre paradigme
Ni l’ombre infime d’une adresse

Des hommes et des femmes le lot
C’est la torture intérieure
Que l’on en souffre, que l’on en meurt
Nos efforts vont à vau-l’eau

Et c’est la seule certitude
Qui reste de nos dialogues de sourds
Qui vous racontent nuit et jour
La plus certaine des solitudes

Reza Afchar Nadéri
Paris, le 14 novembre 2009
en hommage à Louis Aragon

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Hommage à Louis Aragon

Tu avais cherché l’homme sous la France meurtrie
Dans un siècle éteint, le front barré de sang
Tu chantais l’aurore cachée à la patrie
Poignardée, trahie, ce siècle finissant

Tu étais le héraut de lendemains rêvés
A la gare de l’Est les convois de la honte
Partaient vers l’Orient, toute fierté crevée
Aux talons de la haine qui chaque jour monte

Tes mots furent la mitraille portée aux barricades
Désertée par des fauves accroupis et dociles
Ta voix cette diane résonant aux arcades
Des ponts de Paris sans paupières et sans cils

Aveuglée la France, sans voix et sans parole
De poussière et de feu ses champs et ses églises
Il n’était de clairon que ton nom, flammerole
Qui jamais ne s’éteint ni ne s’immobilise

Par tes mots, Aragon, j’ai appris la mémoire
Le vin des idéaux que l’on boit en rêvant
Aux réveils de liesse et dont l’or et la moire
Sont un nouveau matin sur les ailes du vent.

Reza AFCHAR NADERI
Paris, septembre 2003

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Hommage à Michel Onfray

 

 

 

 

 

 

 

Bien longtemps j’ai senti un besoin de vent frais
Dans un siècle confus livré aux apparences
Ainsi m’apparaissait mon beau pays de France
Avant de respirer l’air de Michel Onfray

La parole est un art dont souvent on abuse
Le savoir se perd en mille et un détours
Les puissants l’habillent de leurs plus beaux atours
Le pouvoir des mots habité par la ruse

Le vrai chemin, celui que libre chacun se fraie
Celui qui mérite qu’on le suive, qu’on s’y fie
La voie vive et sans fard de la philosophie
Suit la ligne implacable de Michel Onfray

Loin des cercles, des cénacles, d’un horizon morne
Campé par les titres, les légendes surfaites
Mon oreille tendue vers des notes de fête
Je bois son propos venu d’un coin de l’Orne

Sa voix franche réveille toujours les cris d’orfraie
Mais de ses disciplines celle qu’il me plaît d’ouïr
Elle tient en deux mots : Savoir jouir et faire jouir
Telle est la quintessence de Michel Onfray

Voici un temps nouveau trouvant droit de cité
Qui voit enfin le jour bien loin de Saint Germain
La science populaire vient reprendre la main
Sur les fausses valeurs de l’université

C’est ici désormais que la chronique défraie
La vie de la pensée à laquelle je m’adosse
Elle bat désormais au cœur du Calvados
Où la foule se presse devant Michel Onfray

Il y rend hommage à la folle du logis
Tout en chassant du temple les prêtres et les docteurs
Apollon figurant, Dionysos en acteur
L’ignorance bannie par l’athéologie

 

 

 

 

 

Une autre nourriture que celle qu’on vous offrait
- Celle-ci composée de mensonges et de fables -
Se partage en ce lieu sur cette même table
Où l’on brise le pain avec Michel Onfray

Un levain lavé de toute servitude
Vous redonne le goût en la grandeur de l’homme
Sans parti, sans bréviaire et sans maître en somme
L’irrévérence qui garde de fausses certitudes

A Caen, revenez jusqu’à dix fois sans frais
On y va autrement qu’en corporation
Sans diplôme, sans titre et sans approbation
Sans coût et sans crédit a dit Michel Onfray

Oubliée l’avarice vient le siècle du don
La science n’est plus le legs des castes et des élites
Sous l’ordre libertaire leur règne se délite
Voici venu le temps de Pierre-Joseph Proudhon

Les seigneurs et laquais que son audace effraie
Dans la presse, les arts, les lettres, en nouvel astre
Voient briller ce soleil au ciel de Zoroastre
Ils aboient en meute face à Michel Onfray

Moi son style me convient, il me change des faiseurs
Parler pour ne rien dire n’est pas vraiment son fort
Hors de chair et de sang il n’est de métaphore
Qu’il emploie laissant à leur sort les phraseurs

Orages, torrents, rivières qui par vos œuvres offrez
Une ébauche aux terriens de terrestres largesses
Affranchi d’illusions et de vaines promesses
Ici-bas prend modèle sur vous Michel Onfray

Humain sois hédoniste, sage dispendieux
Ses mots d’ordre j’avoue me charment et me ravissent
Ce sera du poème un dernier tour de vis
Avant que de parler à l’égal des dieux

De Reza, pour finir, en hommage souffrez
Qu’en Persan authentique il dédie cette lettre
Au nouveau Montesquieu qu’il voit enfin renaître
Sous la plume sans détour que tient Michel Onfray

Reza Afchar Nadéri
Paris, le dimanche 27 janvier 2013

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Un slam dédié à l’esprit véritable de la Nativité et contre ceux qui s’acharnent à éteindre l’étincelle en l’homme. Pour voir la vidéo cliquer ici : http://www.youtube.com/watch?v=IMvu9oIFlt8

Plaidoyer pour un retour du sacré. Un slam déclamé sur la scène du café le « Bab Ilo », dans le 18ème arrondissement parisien.

J’en ai assez de votre bonne conscience
J’en ai assez Messieurs-je-sais-tout
J’en ai assez de votre omniscience
J’en ai assez de vos airs de toutou
J’en ai assez

Voici Noël et ses marchands du temple
Voici Noël et ses soldes à deux sous
Voici Noël et ses feux qu’on contemple
Voici Noël, la misère en dessous
Voici Noël

Qu’a-t-on gardé de la Nativité ?
Qu’a-t-on gardé du mystère divin ?
Qu’a-t-on gardé de la céleste cité ?
Qu’a-t-on gardé du sang changé en vin ?
Qu’a-t-on gardé ?

On m’avait appris naguère le miracle
On m’avait appris le visage humain
On m’avait appris le son de l’oracle
On m’avait appris le cœur sur la main
On m’avait appris

Comme un livre ouvert c’est un autre langage
Comme un livre ouvert venu du fond de l’être
Comme un livre ouvert que déplierait un mage
Comme un livre ouvert à suivre à la lettre
Comme un livre ouvert

Le cœur est là cousu en filigrane
Le cœur est là posé en évidence
La cœur est là léger qui se pavane
Le cœur est là qui bat et qui danse
Le cœur est là

C’était avant que les choses vous submergent
C’était avant le siècle des pesanteurs
C’était avant les chaînes et les verges
C’était avant le règne des menteurs
C’était avant

Tout a un prix désormais ici-bas
Tout a un prix qu’on s’en saigne les veines
Tout a un prix l’homme est au plus bas
Tout a un prix jusque dans la haine
Tout a un prix

Quand je sors des murs de ma maison
Quand je sors je vois l’obscène étalage
Quand je sors l’air a un goût de poison
Quand je sors c’est l’infâme déballage
Quand je sors

Vraiment je me sens moins qu’un étranger
Vraiment les affiches, réclames, slogans
Vraiment vos articles si bien rangés
Vraiment mon mépris vous va comme un gant
Vraiment

Vous voici, dieux de la marchandise
Vous voici, votre règne est arrivé
Vous voici, vos appâts vos friandises
Vous voici, vers vous nos bras levés
Vous voici

Le nouveau dogme c’est le plaisir sans frein
Le nouveau dogme du bonheur facile
Le nouveau dogme prêché à fond de train
Le nouveau dogme taillé pour imbéciles
Le nouveau dogme

On vous assure les rêves les plus longs
On vous assure les plaisirs solitaires
On vous assure : ni barrières ni jalons
On vous assure : ni dieu ni maître sur terre
On vous assure

Un seul dieu pourtant, au-dessus des autres
Un seul dieu, non pas au sein d’une chapelle
Un seul dieu, non pas dans un cœur d’apôtre
Un seul dieu pour un unique appel
Un seul dieu

En chiffres on le vénère, comme le veau d’or
En chiffres les prières qu’on lui adresse
En chiffres on le conjure, on l’honore
En chiffres on se mortifie, on se confesse
En chiffres

Tout se vaut pour peu que cela s’achète
Tout se vaut les prix sont affichés
Tout se vaut, se porte, s’use et se jette
Tout se vaut Amour comme Psyché
Tout se vaut

Point n’est besoin désormais de penser
Point n’est besoin encore moins de croire
Point n’est besoin pour l’esprit d’avancer
Point n’est besoin c’est une vieille histoire
Point n’est besoin

Désormais l’homme a déclaré forfait
Désormais devant « l’objet intelligent »
Désormais c’est lui sa bonne fée
Désormais il en veut pour son argent
Désormais

Entre nous on a baissé les bras
Entre nous toute affaire devient négoce
Entre nous on discute le bout de gras
Entre nous dans un monde féroce
Entre nous

Notre époque porte la grande illusion
Notre époque au nom de la liberté
Notre époque aveugle à toute vision
Notre époque ni croyante ni athée
Notre époque

Bienvenue au siècle numérique
Bienvenue le cul sur sa chaise
Bienvenue au nouvel Amérique
Bienvenue au nouveau catéchèse
Bienvenue

Vous verrez des mondes étonnants
Vous verrez, comme on vous le souhaite
Vous verrez entre levant et ponant
Vous verrez le miroir aux alouettes
Vous verrez

Les mots sont vides : comme « démocratie »
Les mots ne sont plus que de la fumée
Les mots rances au goût de pain rassis
Les mots, les mots, de mensonge parfumés
Les mots

J’en dirais tant de ces mots à vous tous
J’en dirais tant comme ça vient tout seul
J’en dirais tant, ça se dit sur le pouce
J’en dirais tant jusque dans mon linceul
J’en dirai tant

Jusqu’à ma mort je vous vomirai
Jusqu’à ma mort mon dégoût de vos normes
Jusqu’à ma mort quand léger je partirai
Jusqu’à ma mort en y mettant les formes
Jusqu’à ma mort

En crachant sur vos rituels du grand nombre
En crachant sur vos prophètes du bas ventre
En crachant, sur cet écran qui encombre
En crachant, jusqu’au désert de mon antre
En crachant

Achetez, c’est le nouvel acte de foi !
Achetez au nom du nouveau Moloch !
Achetez dieu et mortel à la fois !
Achetez, tout se vend et tout se troque !
Achetez !

En ce Noël où se lisent dans les foyers
En ce Noël, bien des récits de naufrage
En ce Noël où sombrent des destins ployés
En ce Noël où l’indigence fait rage
En ce Noël

Je dis non à l’unique dimension
Je dis non au culte de la matière
Je dis non sans feinte ni diversion
Je dis non à la terre entière
Je dis non

Au nom du feu qui étincelle en l’homme
Au nom du feu qui au fond de vous couve
Au nom du feu que l’on crie et l’on nomme
Au nom du feu où que l’on se trouve
Au nom du feu

Le sacré, à l’envi tâché de honte
Le sacré enfoui comme au fond d’une bière
Le sacré avili enfle et remonte
Le sacré comme une rancœur d’hier
Le sacré

Assez de votre Eden à quatre voies
Assez de vos muettes complaisances
Assez de vos grands messes vidés de voix
Assez de vos Romes et de vos Byzances
Assez

Je préfère oublier vos tièdes rubans
Je préfère la corde raide et sa froideur
Je préfère du monde être mis au ban
Je préfère à d’autres chaînes la roideur
Je préfère

Fatiguées sont vos molles consciences
Fatiguées vos pensées devant les défis
Fatiguées vos doctrines et vos croyances
Fatiguées dans un monde qui se suffit
Fatiguées

Qu’on arrête vos jeux intellectuels
Qu’on arrête vos prouesses formalistes
Qu’on arrête vos merdes conceptuelles
Qu’on arrête vos tours de fabulistes
Qu’on arrête

En ce Noël de bien des détresses
En ce Noël j’en appelle au sursaut
En ce Noël oublié des promesses
En ce Noël étouffé au berceau
En ce Noël

Qu’il revienne l’homme symbole d’un ailleurs
Qu’il revienne, arbre entre ciel et terre
Qu’il revienne arraché de sa torpeur
Qu’il revienne de cette graine que j’enterre
Qu’il revienne

Reza Afchar Nadéri
Paris, le 17 décembre 2009

 

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