Pipi Slam

Avignon est sur la brèche ou comment l’attrait pour les déjections, élevé encore une fois au rang de bon goût artistique, finit par exaspérer le sens commun quand ce n’est pas les croyances bafouées d’une population.

Mon frère, de partout ça castagne et ça saigne
Je suis l’affaire de près, c’est l’histoire qui baigne

Dans le sang des martyrs pour d’autres lendemains
Aujourd’hui en Libye, le tyran r’prend la main

Avant qu’les insurgés ne r’prennent le dessus
En Syrie c’est kif-kif, message bien reçu

Les temps sont incertains, rien n’est sûr ni acquis
On s’y perd dans ces peuples qui prennent le maquis

Moi je ronge mon frein, wallah il faut qu’ça change !
Le printemps arabe, ça m’brûle ça me démange

L’odeur de la poudre on la sent jusqu’ici
On entend rugir des hommes qu’on supplicie

La rumeur nous parvient de tout un continent
Devant le chant du cygne de règnes déclinants

Au Caire, à Tunis, à Suez à Benghazi
Une traînée de feu s’est emparé d’l’Asie

A Syrte, à Taëz, Aden, Ajdabiya
S’embrase et s’étend une vaste guérilla

Jusqu’en Chine dit-on où l’on reprend la main
Là-bas y’a pas qu’dans l’thé qu’on vous sert le jasmin (1)

Or chez nous j’aimerais bien aussi quelque sursaut
Qu’on s’la joue pas trop c…, qu’on n’ait pas l’air trop sot

Ne serait-ce qu’au moins sur le champ de l’esprit
Mais même là, comme leçon, nous n’avons rien appris

Les révoltés ici, ça vole bas, j’en suis vert
V’la l’topo j’t’explique ce qui me rend vénère

Les rebelles chez nous, dans leur trou sont tapis
Leur combat c’est d’la daube, ils font dans l’touche pipi

Le voici en deux mots l’credo d’nos insurgés
Vide de tout bon sens, d’intelligence purgé

Le foutage de g… voilà, un point c’est tout
Ils sont creux comme des noix, ils n’ont pas d’autre atout

Vas y que j’te rabaisse, que je te ch… dessus
C’est pas d’la métaphore, tu vas pas être déçu

Parfois selon l’humeur c’est sous d’autres auspices
Que de la tête au pied sans gêne on vous comp…

Ainsi c’est une mode que sur un air de fête
Au nom de nos valeurs on « fasse » sur les prophètes

La dernière édition c’tait dans la Ville des Papes
Mais cette fois le peuple a eu ras la soupape

Because qu’un « artiste » du genre carrément gore
A fait parler de lui… (ça on en parle encore)

En exposant dans une galerie la photo
Du Christ dans d’la pisse (2)… cette fois trop c’était trop

Du côté des Cathos ça proteste et ça gueule
M’dame le maire (3) réagit dans le style plutôt veule

Quand elle s’prend l’affaire du blasphème dans les pattes
Elle fait profil bas, se la joue Ponce Pilate

Assurant qu’Avignon n’a pas pour vocation
De s’mêler des affaires d’une telle exposition (4)

Or la Ville a payé l’événement de sa poche
L’affaire au final s’est réglé à coup d’pioche (5)

« Tu me niques mon Christ, j’te nique ton œuvre d’art » :
Le public par moment vous montre qu’il en a marre

Qu’avec ses croyances on fasse n’importe quoi
Y’en a qui s’en étonnent, allez savoir pourquoi

Les beaux esprits du coup poussent des cris d’orfraie
Le ministre lui-même s’indigne et s’en effraie (6)

Celui-là par contre on l’voit pas s’indigner
De tout l’argent public que l’on voit aligné

Pour faire venir chez nous au prix de notre pèze
A grand renfort de pub des m… new yorkaises (7)

Il trouve tout normal que grâce à nos finances
Les Arnault (8) les Pinault (9) vivent sur le dos d’la France

D’Avignon à Versailles (10) au nom de la « culture »
Célébrant sans façon les noces contre nature

Du privé et d’l’état ! Pour ça ils sont malins
Ici Andres (11), là Jeff (12), à chacun son poulain

Dans les espaces publics chacun soigne son pote
Au frais du contribuable on fait monter sa cote

Quant aux « artistes » eux-mêmes on s’réserve le droit
De se d’mander parfois s’il marchent toujours droit

Dans ce qu’ils présentent comme ligne de conduite
Quand ça tourne au vinaigre ils choisissent la… fuite

Oubliant au besoin leurs premières passions
Ils se serrent les f… au diable les convictions

Ceci explique bien le « deux poids deux mesures »
Ils allient le blasphème à leur propre censure

Ainsi du Dieu chrétien on s’moque ici ou là
On évite par contre de s’en prendre à Allah

Car avec ce dernier l’addition est salée
C’est pas souvent par là qu’on les entend râler

En voici un exemple : un artiste genre frileux
A pour truc de repeindre le système pileux

De quelques bourricots qui lui servent de toile !
Avec de grandes lettres ce prodige nous dévoile

Un message profond sur la laïcité (13)
Juste un mot par bourrique : il s’agit de citer

Sur leurs toisons les noms de quatre grands prophètes
Avec ce maquillage ça leur change la tête

Les baudets : l’un s’appelle « Moses », l’autre « Jésus »
Le troisième « Buddha », l’dernier… pas de visus

Eh oui, en photo caché par son compère (14)
Du quatrième larron on voit qu’un bout d’derrière !

Trouve l’erreur cousin, sans doute que l’artiste
A trouvé plus prudent de le laisser hors piste

Le baudet baptisé « Muhammad » on vous l’cache
Par crainte de trop en faire sur un sujet qui fâche

Les trois autres au grand jour, c’dernier dans les feuillus
Iconoclaste l’artiste, mais pas vraiment cou…

Quant à l’œuvre elle-même un piètre décalage
Qui de sa dérision fait un grand étalage

C’est la provoc’ facile d’un nain à des géants
Qui fera les délices d’adeptes du néant

Beaubourg en a fait d’autre, qui vous jette en pâture
Au nom de « l’art gratuit » bidouilles et impostures

Les gauchos, les bobos, sont les seuls convaincus
Comme dirait l’ami Phil (15) ils ont « la com au c… »

On cherche l’art en vain, on n’voit que d’la bricole
Au mieux c’est d’la déco qui sort de leur école

J’disais qu’il faut qu’ça change, c’est qu’en France on étouffe
L’esprit et la pensée sont gérés par des Schtroumpfs

Qui décident pour vous de c’qu’il faut dire ou croire
L’art et la culture, c‘est un vrai champ de foire

Où l’on mélange tout au nom de faux principes
L’état le premier souscrit et participe

A cette escroquerie qu’est l’art contemporain
Je trouve que les Frenchies s’en prennent plein les reins

Qu’on bafoue leurs valeurs, sans trêve, en continu
Qu’on les gave de discours alors que l’roi est nu

On oublie l’patrimoine dont la France est nourrie
A la place on vous sert de l’avoine pourrie

La finance au prix de telles acrobaties
Fait oublier le goût d’la vraie démocratie

Qui reste, aujourd’hui même à r’prendre, à conquérir
Faut reprendre ses esprits, il est temps d’atterrir

Rev’nons à c’qui est vrai, sans crainte et sans façon
Q’on les renvoie chez eux les donneurs de leçons

Quant au fameux auteur du « Christ à l’urine »
J’ai pour lui un présent direct des latrines

Reza est un artiste il faut pas l’oublier
Ses œuvres ont été maintes fois publiées

On l’appelle partout « le roi des performeurs »
Plus inspiré que lui y’a pas photo tu meurs

Voici donc pour l’occas’ un must de l’impro
Ne cherche pas le détail, il fait que dans le pro

Au nom de l’art pour l’art puisqu’il y a que ça d’vrai
Au nom de c’beau principe je lui p… à la raie

Reza Afchar Nadéri
Paris le lundi 18 avril 2011

1. Le jasmin, fleur symbole de la révolution tunisienne a été repris comme emblème insurrectionnel de tous les mouvements populaires entre le Maghreb et le continent asiatique.
2. « Immersion, Piss Christ », œuvre d’Andes Serrano représentant le Christ baignant dans l’urine de l’artiste. La photographie en question a été exposée par ce dernier à Avignon dans le cadre d’une exposition de la collection d’art contemporain Yvon Lambert.
3. Madame Marie-Josée Roig, maire UMP d’Avignon.
4. La municipalité a affirmé n’avoir pas vocation à s’immiscer dans les « choix artistiques »  alors que la collection Lambert est accueillie dans le prestigieux hôtel particulier Caumont appartenant à la Ville. Elle s’est déclarée ni indignée, ni responsable.
5. Le dimanche 17 avril 2011 l’œuvre intitulée « Immersion, Piss Christ » a été attaquée à coup de pioche et de marteau par deux visiteurs qui ont réussi à s’enfuir du musée.
6. Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, a condamné « une atteinte à un principe fondamental, la présentation de ces œuvres relevant pleinement de la liberté de création et d’expression qui s’inscrit dans le cadre de la loi », tout en reconnaissant que « l’une des deux œuvres (exposées par l’artiste) pouvait choquer certains publics ».
7. Des artistes tels que J. Koons, A. Serrano, nés à New York, que l’on impose par tous les moyens dans l’horizon culturel français.
8. Bernard Arnault, propriétaire du groupe LVMH, dont le logo a été publié sur l’affiche de  l’exposition Yvon Lambert dont il est un sponsor.
9. François Pinault, président du groupe Pinault, Printemps, Redoute, propriétaire d’une des plus grandes collections d’art privé contemporain en France, et dont l’artiste new yorkais Jeff Koons, le roi du pop kitsch, est le chouchou. Ce dernier a sévi notamment dans le château de Versailles en septembre 2008 où 15 de ses œuvres on été exposées.
10. La Société des amis de Versailles dénonce l’exposition de Jeff Koons qui s’est tenue dans le château à l’initiative de Jean-Jacques Aillagon. Elle fait remarquer que ce dernier, avant d’être nommé président du domaine de Versailles fut directeur du Palazzo Grassi à Venise, propriété de l’industriel français François Pinault, grand collectionneur de… Jeff Koons.
11. Andres Serrano, né à New York, dont l’œuvre est exposée à Avignon à l’occasion du dixième anniversaire de la collection d’art contemporain Yvon Lambert.
12. Jeff Koons, artiste new yorkais, considéré comme le fils spirituel de Marcel Duchamp et de Andy Warhol.
13. En décembre 2005, année de commémoration du centenaire de la loi française sur la laïcité, un artiste résidant en Angleterre installa à cette occasion quatre ânes du Berry dans les espaces de Beaubourg après avoir écrit sur leur flanc en grosses lettres : Moïse, Bouddha, Jésus et Mahomet.
14. L’âne sur lequel était tracé le nom de « Muhammad » reste caché dans les photographies prises de l’événement. Malgré nos recherches nous n’avons pas trouvé de photo le représentant de manière visible. Un simple hasard ?
15. Phil Donny, peintre français installé en Lorraine, inlassable pourfendeur de l’escroquerie institutionnelle perpétrée par les fanatiques de l’art contemporain.

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3 Responses to Pipi Slam

  1. « Dans les espaces publics chacun soigne son pote
    Au frais du contribuable on fait monter sa cote »

    entre autre….,
    Bravo Reza
    +++

    • rezaran says:

      Merci Pascal :)
      A propos de dépenses publiques rendez-vous pour un slam sur une grande grande actualité… internationale. Tu l’auras deviné je suppose…
      A très bientôt

  2. Vénus Prin's says:

    Chapeau Reza !
    a bientôt

    Vénus

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