Notes de lecture

Note préalable à une critique littéraire non inféodée au système marchand

Nul lecteur n’est tenu de suivre l’actualité littéraire ni aucune forme de mode livresque.  Un site internet, un blog, une adresse en ligne servent à chaque humain pensant et doué de bon sens à créer son propre système intellectuel.
Aucun auteur, aussi anonyme soit-il, n’est tenu d’écrire selon les modes imposées par les critiques de la presse officielle, écrite ou audio-visuelle.
Chacun est libre d’utiliser son propre répertoire de vocables et son propre style, dût il choquer les plumes officielles et leurs suiveurs.
Les seules contraintes qui vaillent dans sa démarche sont la limpidité du propos, l’esprit critique, non servile, et la fidélité aux valeurs humanistes.
Aussi on ne s’étonnera pas que dans cette page soient évoqués des ouvrages publiés des mois ou des années auparavant. La seule logique qui prévaut à leur choix provient du cheminement personnel de celui qui écrit sur ces ouvrages et non une quelconque mode ou nouveauté.————————–

De la dérision futile et de l’érudition sans objet

A zapper volontiers : un « antimanuel » creux et fouillis à la fois

Ecrire pour ne rien dire. Accumuler pour ne rien transmettre. Bousculer pour cultiver la confusion dans un style lourdingue et incompréhensible. Voici un auteur prétentieux, aussi maniéré qu’insignifiant. Si la série Lagarde & Michard des manuels scolaires pourrait passer pour ringard, il en restera toujours un savoir, fut-il même transmis de manière passéiste. « L’antimanuel » de François Bégaudeau, au titre bien ambitieux, ne tient aucune de ses promesses, à aucun moment. Il n’est même pas ringard. Il est simplement creux, au plus haut point. Un remplissage fadasse de nullités – même pas drôle – truffé d’images, d’extraits de textes, dont ne ressort jamais la moindre logique. Il s’écoute parler et se fout pas mal de faire passer quoi que ce soit. Un amoncellement imbitable de références culturelles glanées n’importe où et n’importe quand. Mais pourquoi fait-il cela ? Ah oui, la modernité, bien sûr !
Son travail est bien résumé en page 253 où se trouve reproduite la photo d’une « Merda d’artista ». Une boîte de conserve, œuvre de Piero Manzoni, datée de 1961. A l’intérieur, du Bégaudeau à n’en pas douter.
Bref. Le livre ne mérite pas que l’on s’attarde plus que cela à le décrire. Si fait : juste un pet malodorant à son adresse. C’est tout.

François Bégaudeau, Antimanuel de littérature, éd. Bréal, 2008

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Déclaration de pub pour la Grande Guerre

Didier Daeninckx : contre l’enfumage des esprits

L’argent c’est le nerf de la guerre. On le savait déjà. Mais la guerre n’est-elle pas, elle-même, le nerf de l’argent. Le nouvel opus illustré de Didier Daeninckx met en lumière, par le « visuel », le business de la réclame qui prend une nouvelle dimension, industrielle celle-ci, avec l’avènement de la Première Guerre.
Le conflit mondial va permettre, par la grâce de la pub omniprésente sur affiche et dans les magazines, de vendre de tout et de n’importe quoi. Le business fait rage de part et d’autre des frontières, au nom du patriotisme et des efforts indispensables que l’on se doit de fournir à l’arrière. Les familles deviennent ainsi des consommateurs sollicités à longueur d’année. Par le journal l’Illustration en particulier, là où vont fleurir encarts pour jambes de bois articulées, masques à gaz anti asphyxiants, périscopes pour les tranchées, multiplicité de slogans à l’appui pour attendrir les chaumières et faire frémir la fibre nationale. Il va falloir se serrer la ceinture et vider les bas de laine pour faire barrage à l’ennemi.
« La pub est déclarée », c’est le titre de l’ouvrage, raconte comment les boutiquiers créent de nouveaux besoins dans un contexte de guerre qui fait le beurre des opportunistes et des manipulateurs d’opinions.

Les images valent mieux, il est vrai, que de longs discours. Il n’est que de décrypter certaines pubs comme celle du magasin Le Printemps qui campe un Père Noël aux allures de poilu, sorte d’envoyé de la mort porteur de jeux de guerre pour les enfants.
Les marques à consonances germaniques, dans la foulée, sont rayées du paysage commercial. Ainsi les bouillons Maggi (des cubes qui s’écrivent avec un « K »). Et c’est bien fait pour la concurrence. Les stations de métro Berlin et Allemagne sont rebaptisées Liège et Jaurès.  Et en Belgique – sans crainte du ridicule – on ne conduira plus de « berline ».

Une mise en garde contre les boutiquiers nationalistes

Ultra nationalisme et racisme sont de la partie et la propagande vous apprend, arguments scientifiques à l’appui, que l’Allemand, le Boche, le Chleuh sont porteurs de particularités physiologiques inquiétantes qui justifieraient bien leur élimination. Un certain (bon) docteur Bérillon ne démontre-t-il pas dans son ouvrage intitulé « Polychrésie de la race allemande » que le citoyen germanique produit des excrétions exagérées dues à la longueur excessive de ses intestins. Tout est bon pour déprécier l’ennemi et montrer du doigt, dans la presse et sur les murs, son infériorité congénitale.
Outre-Rhin le racisme ira bon train également avec un phénomène peu connu de l’opinion française, la « honte noire ». De la liaison entre des soldats africains – venus en Allemagne avec les troupes françaises – et des Allemandes naîtront des enfants honnis par le parti nazi. Ces derniers feront figure de fruits contre nature issus de « viols » perpétrés par les unités coloniales en vue de la négrification de la race aryenne.
C’est sur de tels terreaux faits de craintes et de rancœurs que les états préparent l’opinion à des destructions et massacres de grande envergure. La peur de l’autre, la crainte de perdre son identité et ses racines, restent de vieilles recettes toujours en vigueur chez les marchands de mort. L’invasion de l’Irak par les troupes US, au nom de la protection du territoire américain, au nom des principes de démocratie et de liberté, en a été l’illustration la plus éclatante, il y a tout juste une décennie.
Lire, voir, relire et revoir avec un œil avisé la propagande de la Grande Guerre de sinistre mémoire, permet de se prémunir contre de futures entourloupes nationalisantes.

Didier Daeninckx, « La pub est déclarée ! 1914 – 1918 », éd. Höebeke, 2013, 112 p

Reza Afchar Nadéri – Paris, le samedi 8 février 2014.

 

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