Apple Slam

Mon frère, y’a trois jours mon souffle s’est arrêté
Because qu’entre mes pattes mon Mac venait d’péter

Sur l’écran y’avait un point d’interrogation
Le message était clair question appréciation

Mon hard disk qui plante ça faisait plus de doute
J’m'interrogeais sur le « Combien tout ça, ça m’coûte ? »

Y’avait d’quoi être vénèr : un Mac tout beau tout neuf
Trois fois rien dedans, loin d’être plein comme un œuf

Alors j’m'arrache les ch’veux sur la raison d’ce crash
Mon Mac j’avais envie de l’finir à la hache

J’appelle à droite, à gauche, je me mouille le linge
J’vais voir sur les forums, j’me torture les méninges

A la fin je me fais une sorte de raison
Sur sa lâche déroute, sa piètre trahison

J’me dis qu’au final ça venait d’la surcharge
J’vais te faire le topo avant qu’je devienne barge

Ecoute ce récit d’un damné de l’écran
C’est de moi que j’te cause, d’y penser j’suis à cran

Au début le Mac tu l’achète quasi nu
Y’a qu’la pomme qu’apparaît en guise de bienvenue

Après c’est ta pomme qui s’occupe de l’remplir
De toute la quincaillerie à surfer ou à lire

Ensuite tu choisis avec qui tu t’maries :
Soit avec Firefox soit avec Safari

Une fois que t’as bien fait ce choix fondamental
En matière de soft tu charges la totale

Question choix, en tout cas, y’en a pas 36 000
Si tu les connais pas tu passes pour un débile

D’un côté Microsoft, de l’autre « Creative Suite »
Tu les installes mon frère, c’est la bonne conduite

Sans l’premier impossible d’écrire la moindre ligne
Le second tu t’poses pas d’question… tu cliques… tu signes

Car la « Suite » j’te l’dis c’est tout sauf de la daube
Ce top de la créa, ça vient de chez Adobe

T’es paré, ça te fait une bonne base de départ
Pour surfer n’importe où sans trêve et sans retard

Sur la toile tu te lances, pareil que sur un ring
Tes sherpas s’appellent Yahoo, Google ou Bing

Maint’nant c’est l’moment de fabriquer ton blog
Comme noms de domaine t’as tout un catalogue

Tu raques encore un peu, ça c’est pas un mystère
Ton site y vaut que dalle si t’as pas d’web master

Après tu l’surveilles sans cesse, tu l’alimentes
Tu rajoutes des « posts » (1), t’analyses, tu commentes

C’est pas fini cousin ce n’était qu’un début
Il faut à présent que tu r’joignes ta « tribu »

Une fois qu’t'as du matos, qu’t'as travaillé ton look
Tu vas pouvoir entrer dans la bande à Face Book

Y paraît qu’c'est l’plus gros des sites communautaires
Ses disciples t’en trouves n’importe où sur la terre

Dans la foulée idem tu files chez Viadeo
Tu passes d’un site à l’autre comme dans un rodéo

Chez l’un c’est plus pro, chez l’autre ça badine
T’en veux des plus sérieux… tu vas chez Linkedin

Tu t’actives, tu moulines comme dans une roue à rat
T’envoies des invits dans l’monde, à tour de bras

T’écris sur ton « mur », ta « page » tu l’enrichis
Tu racontes c’que tu manges, c’que tu bois, c’que tu ch…

Ce serait bien dommage autrement que l’on perde
Le plus petit détail de nos p’tites vies de m…

Tu te cherches sur le net des fans plutôt genre trend :
« Reza invited you ! You wanna be my friend ? »

Les amis ne manquent pas, y’a juste à se baisser
Y sont même en surnombre c’est pas près de s’tasser

Y’a des meufs en pagaille, qui sont : « amies d’amis »
Elles t’invitent à une virtuelle polygamie

Moi y’en a un paquet qui attendent toujours
J’arrête d’accepter, je les laisse dans l’séjour

C’est sûr que contre moi elles ont toutes une dent
Même si j’les connais pas ni d’Eve ni d’Adam

Mais rev’nons à ton Mac faut pas qu’tu sois en tort
De ne pas avoir accès à l’Apple Store

Pour bien faire, pour pouvoir tranquille claquer d’la thune
Y faut qu’tu configures d’abord ton iTunes

Ensuite tu pourras grâce à ce compagnon
Sans souci dépenser en ligne tout ton pognon

Télécharger des tubes ou des séries télés
Et plein d’autres choses que j’dois te révéler

Une fois qu’tu synchronise ton Mac et ton iPhone
D’en voir toutes les fonctions ça te laisse aphone

Avec ton mobile justement tu t’appliques
Tu shootes, tu interviewes, tu filmes à coup de clic

Pour charger ensuite tes séquences sur YouTube
La gloire c’est pour demain, c’est écrit, c’est mektoub !

Autrement t’as l’choix avec Dailymotion
Pour des clips plus sages, plus softs, plus fashions

Depuis peu j’ai appris qu’élargir son réseau
C’est possible aussi avec un drôle d’oiseau

C’est l’genre dernier cri, tu peux pas l’éviter
Faut qu’tu t’inscrives chez lui pour que tu puisses… « twitter »

C’est r’parti pour un tour, tu dois remplir ta page
T’es présent partout, t’es comme sur un nuage

Moi-même j’étais comme ça branché de mon côté
A toute heure à tchater, clavarder (2), papoter

Les doigts sur le clavier, scotché face à Google
Le casque sur les oreilles, le micro d’vant la g…

Quoi que j’fasse, jour et nuit, partout où j’me vétrou (3)
Je restais connecté mon frère par tous les trous

Jusqu’au jour où mon Mac trop stressé sous mon toit
A dû s’dire : « C’est too much ! Dégage pauv’ c… ! Casse-toi ! »

Et moi j’me fais alors un flip viscéral
Quand j’vois plus à l’écran qu’un vide sidéral

Du jour au lendemain j’avais plus l’air malin
Sans Google ni Skype j’étais grave orphelin

En désespoir de cause j’appelle mon pote Eric
Le Mac il connaît bien, théorique et pratique

Plus d’une fois il m’a sauvé de mes tracas
C’est à lui que j’m'adresse quand j’suis dans le c…

« Faut pas traîner qu’il dit, faut que tu ailles dare dare
Ton ordi sous l’bras, direct au « Genius Bar » ! »

« Mon Frère, est-ce que c’est bien le moment de s’torcher ?
Que j’lui dis… T’es sérieux ou bien tu m’fais marcher ? »

« Le Genius Bar qu’il dit c’est le Samu d’Apple
C’est pareil qu’aux urgences, tu t’sentiras moins seul

En moins d’deux ton Mac sera diagnostiqué
Tu l’récupères tout neuf, tout frais, bien astiqué  »

Alors je me dépêche, je file vers ce temple
Dans son écrin en verre j’l'admire, je le contemple

Jamais j’ai vu tant d’Mac groupés sur un même lieu
Ça débordait d’partout j’en prenais plein les yeux

On y pianote à donfe entre iPhone et iPad
Ça court dans tous les sens, ça speed, ça parade

C’est une autre planète, j’en demeure convaincu
Attendant qu’on m’appelle, je reste sur le c…

Enfin un Apple man, la pomme sur la poitrine
M’appelle par mon prénom de derrière sa vitrine

Moi je reste perplexe qu’il soit à tu et toi
Je l’trouve désinvolte, son style ça me laisse coi

J’lui fais quand même savoir avec mon air ronchon
Que c’est pas avec lui qu’j'ai gardé les cochons

A part ça il ausculte mon Mac moribond
Sa grimace, je trouve, ne présage rien de bon

« Rien à faire qu’il me dit, faut changer le hard disk »
Je lui demande alors s’il existe des risques

Que je perdre mes données, c’est ma grande inquiétude
L’Apple man me répond, avec exactitude

Qu’il regrette mais sans vouloir me paniquer
Le disk c’est sans espoir because qu’il est n…

« C’est dommage tout ça, qu’il convient, c’est pas top
Il fallait tous les jours penser faire un … »back up » »

Il doit m’prendre pour un c…, c’est de « sauvegarde » qu’il cause
Même pour un Mac tout neuf ! On est bien peu de chose !

J’ai perdu tout mon taf, j’ai appris quelques mots
Le Mac reste sur place, je digère mes maux

Voici l’heure, pour l’histoire, de tirer la morale
De Reza on dira qu’il critique et qu’il râle

A longueur d’année, qu’il est du genre hostile
Que d’se plaindre il s’est fait on dirait tout un style

Il conclut quand même que d’lhomme ou d’la machine
On n’sait plus lequel des deux courbe l’échine

Devant l’autre. C’est sérieux, on parle de dépendance :
De l’homme ou d’la bécane lequel mène la danse ?

Ensuite je m’interroge sur l’espérance de vie
De ces tas d’ferrailles qui nous tiennent asservis

Elle est d’plus en plus courte, même si elle en font plus
On les paye bien cher parfois tous leurs bonus

Et on s’ra sans doute bien amenés à ramer
Demain devant leurs obsolescences programmées

Ce s’ra le mot d’la fin. Maintenant c’est troublant
De devoir s’asseoir en face… d’un mur tout blanc

1. Post : information publiée sur un blog.
2. Clavardage : Communication quasi instantanée en ligne. Version francisée du mot « tchat ». Accessible notamment sur le logiciel gratuit de dialogue Skype.
3. Vétrou : « Trouvé » en verlan

Reza Afchar Nadéri
Paris, le dimanche 27 février 2011

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