Ali Baba Slam

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Première partie >> Ali Baba Slam 1/2
Deuxième partie >> Ali Baba Slam 2/2

Ben Ali, dictateur, et les quarante voleurs, fuient la Tunisie après 23 ans de terreur. Souvenir d’une journée de marche solidaire avec le peuple tunisien de République à Châtelet.

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Yo mon frère le Maghreb est sens dessus dessous
Le « Ben », derrière lui, laisse un peuple sans le sou

La queue entre les jambes il file chez les Saoud (1)
Sa famille, idem, avec lui, joue des coudes

Pour s’planquer dans le plus archaïques des royaumes
D’autres proches chez Mickey (2) se sentent comme at home

Ça leur ressemble bien : par le trou d’la lucarne
Ils se glissent au pays des clowns en Val de Marne

L’ancien président, lui, a perdu d’son aplomb
Le peuple a jeté bas, hier, la chape de plomb

Avec ce qui restait d’un règne déliquescent
En payant le prix fort, mon frère. Le prix du sang !

Les fils de Carthage ont dû se sacrifier
Pour sauver un pays maintes fois cocufié

Livré aux appétits d’une clique d’affairistes
Mais vu de France, mon frère, il y’a tout aussi triste

Il y a ce lourd silence dont nous sommes coupables
Dans la rue, wallah, le malaise est palpable !

Poings levés, dans le chant des hommes libérés (3)
Devant nos manquements leur voix est atterrée :

« En quoi la France veille, en quoi elle participe ? »
Nous, nous avons renié les moindres de nos principes

Notre droite sans voix devant le cri des masses
Notre gauche bon teint comme d’hab à la ramasse

Longtemps devant les crimes la face on s’lest voilée
Pas de quoi être fier, encore moins de s’poiler

Les Tunisiens de France jusqu’au cœur de Paris
Nous rejettent au visage l’esquive d’Alliot Marie (4)

Restée muette au nom de la « non ingérence »
Dans ses mots je retrouve, comment dire… le goût rance

De quelque fin de règne du cœur et de l’esprit
De notre propre histoire nous n’avons rien appris

Ni rien retenu au pays de Marianne
Où résonne le clairon ? Pour qui sonne la Diane ?

L’appel de Tunis chez nous s’est évanoui
La promesse de l’aube s’est fondue dans la nuit

Dans notre aveuglement comme dans nos esclavages
Nos cerveaux livrés à nos propres lavages

Le pire serait de croire à notre liberté
Devant tant d’pesanteurs je m’permets d’en douter

Nous n’avons plus l’ressort, ni le courage requis
Nous sommes restés, cousin, le cul sur nos acquis

A force de filer doux, de fuir le moindre couac
Au berceau des droits d’l’homme ça craint, c’est portenawaque (5) !

Or ce jour en marchant d’République à Châtelet (6)
C’est comme un nouveau peuple que j’voyais marteler

Des mots libres qu’enfin on jette au gré du vent
Pour que, de bouche en bouche, ils aillent de l’avant

Comme la graine mûre qui vole d’un sillon
A un autre. Comme autant de baillons

Qui tombent quand parvient l’annonce d’un lendemain
Ce n’sont pas des mots creux, c’est comme tendre la main

Vers les hommes à genoux pour qu’enfin ils se lèvent
C’est comme rendre possible enfin un très vieux rêve

Et pourquoi pas chez nous briser d’autres carcans
Comme ceux de la pensée que l’on vend à l’encan

Ou des cœurs désormais vidés de tout projet
Sans but, sans ambition, sans l’homme et sans objet

Ainsi en l’avenir Reza reste confiant
Pour qu’on respire en France un air plus vivifiant

C’est le vœu qu’il formule, croyez-le bien ou non
Pour une révolution qui soit digne de ce nom

1. Contesté violemment par la rue, Ben Ali a fui la Tunisie le vendredi 14 janvier pour se réfugier à Djeddah en Arabie Saoudite. Un royaume qui a déjà accueilli par le passé des dictateurs déchus comme l’ougandais Idi Amin Dada.
2. Les deux filles de Ben Ali, au lendemain de la fuite du dictateur, se seraient installées à l’hôtel Castel Club situé dans l’enceinte du Disneyland Hôtel, aux portes du fameux parc d’attractions de Marne-la-Vallée.
3. Des tunisiens vivant en France ont exprimé leur déception devant l’immobilisme du gouvernement français à l’heure de la répression brutale du président Ben Ali à l’encontre des opposants à son régime.
4. Madame Alliot Marie, ministre des Affaires étrangères, avait émis le 11 janvier dernier une proposition – très critiquée – à la Tunisie d’apporter les conseils de la France pour « régler les situations sécuritaires ».
5. Portenawaque : « n’importe quoi » en argot des banlieues.
6. En signe de solidarité avec le peuple tunisien, une manifestation organisée par le collectif unitaire de solidarité Sidi Bouzid – Tunisie a défilé le 15 janvier de la place de la République jusqu’à la place du Châtelet.

Reza Afchar Nadéri
Paris, le 15 janvier 2010

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